Espagne : bientôt interdit d'acheter aux Baléares ?

Publié : 25 février 2026 à 13h37 par Ludovic VILAIN

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Les îles Baléares pourraient bientôt fermer leur marché immobilier aux acheteurs étrangers. Une proposition de loi qui fait grand bruit et qui touche de plein fouet les Britanniques, grands amateurs de Majorque, Minorque et Ibiza.

Le parlement des îles Baléares examine en ce moment une proposition portée par le parti de gauche Més per Mallorca. Le texte est radical : interdire l'achat d'un bien immobilier à toute personne n'ayant pas résidé sur les îles pendant au moins cinq ans. Autrement dit, les étrangers qui souhaitent acquérir une résidence secondaire dans l'archipel seraient purement et simplement exclus du marché. La mesure vise avant tout les ressortissants non résidents, parmi lesquels les Britanniques occupent une place de premier plan.

Et les chiffres parlent d'eux-mêmes : environ 90 000 logements aux Baléares appartiennent aujourd'hui à des étrangers, soit près de 16 % du parc immobilier total. En 2024, les Britanniques ont acquis près de 12 000 biens sur l'ensemble du territoire espagnol, selon le portail immobilier Idealista.

Une réponse à la flambée des prix

Derrière ce projet, une réalité qui exaspère les habitants : les prix ont explosé. Le prix moyen d'un appartement de 90 m² dans l'archipel est passé de 283 825 euros en 2020 à plus de 461 000 euros aujourd'hui, soit une hausse de plus de 60 % en cinq ans. Une situation que le député Lluís Apesteguia attribue directement à la pression exercée par les résidences secondaires et les investissements étrangers. Pour lui, des mesures extraordinaires s'imposent pour redonner la priorité aux habitants permanents face à la spéculation.

L'archipel a par ailleurs accueilli près de 19 millions de touristes l'an dernier. Ce sur-tourisme massif contribue à réduire l'offre de logements disponibles pour les résidents, alimentant une crise du logement que beaucoup jugent désormais insoutenable.

Un texte fragile sur le plan juridique

Mais l'opposition régionale n'entend pas laisser passer ce projet sans résistance. Sebastià Sagreras, porte-parole du Parti populaire, juge la mesure incompatible avec les règles européennes sur la libre circulation, et son parti a annoncé qu'il voterait contre. Les socialistes du PSOE, eux, reconnaissent l'intérêt de la démarche, mais estiment qu'elle ne peut pas constituer à elle seule une réponse complète à la crise.

Pourtant, des précédents existent. Le Danemark impose depuis longtemps à tout acheteur étranger de justifier d'au moins cinq années de résidence consécutive avant de pouvoir acquérir un bien.

Un modèle pour l'Espagne ?

Si le texte venait à être adopté, il pourrait ouvrir la voie à des mesures similaires dans d'autres régions espagnoles confrontées aux mêmes tensions immobilières. Le vote à venir sera scruté de près, bien au-delà des frontières de l'archipel. On vous tient au courant bien sûr.