La reine de la cumbia s'est éteinte

Publié : 14h23 par Ludovic VILAIN

Crédit image: CC Wikimedia by Francisco Rodriguez Grippo

Gardienne du folklore colombien et voix incontournable des musiques du Caribe, Totó La Momposina est décédée le 17 mai 2026 à Celaya, au Mexique, entourée de ses proches. Elle avait 85 ans.

Née Sonia María Bazanta Vides dans la région de Mompox, sur la côte caribéenne de la Colombie, celle que le monde entier connaît sous le nom de Totó La Momposina n'a pas seulement interprété de la musique : elle l'a défendue, préservée et portée jusqu'aux scènes les plus prestigieuses de la planète. Avec plus de six décennies de carrière, elle s'est imposée comme une ambassadrice des rythmes traditionnels colombiens : cumbia, bullerengue, porro et mapalé. Des genres qu'elle puisait dans les traditions de ses ancêtres afro-colombiens et amérindiens, et qu'elle transmettait avec une force vocale hors du commun.

La Candela Viva, le tournant international

C'est en 1993 que la reconnaissance internationale arrive véritablement, avec la sortie de l'album La Candela Viva sur Real World Records, le label du musicien britannique Peter Gabriel. Un disque qui propulse la chanteuse colombienne bien au-delà des frontières de son pays, révélant au monde entier la richesse sonore du Caribe colombien. Quelques années plus tôt, en 1982, elle avait déjà marqué les esprits en accompagnant Gabriel García Márquez lors de la cérémonie du Prix Nobel de Littérature, en Suède. Une présence symbolique qui illustrait déjà combien son art incarnait l'âme culturelle de la Colombie.

Une flamme qui ne s'éteint jamais

Sa voix âpre et puissante, portée par les tambours, la cumbia et le bullerengue, a fait d'elle l'une des figures culturelles les plus reconnaissables de Colombie à l'international. Jusqu'à ses dernières années de scène, Totó La Momposina n'a eu de cesse de défendre la préservation du folklore face à la montée des genres contemporains. « La musique ancestrale est celle qui monte au ciel », confiait-elle dans une interview accordée en 2018 depuis Mompox, sa ville natale. La chanteuse s'était retirée des scènes en 2022 en raison de problèmes de santé.

Un deuil national

Ses enfants, Marco Vinicio, Angélica et Eurídice Salomé, ont annoncé sa disparition dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux : « Totó était une femme qui, avec sa voix et son engagement extraordinaires, a porté la culture et la mémoire du peuple colombien aux quatre coins du monde. » Le président Gustavo Petro et le ministère des Cultures ont tous deux rendu hommage à son legs immense. Ses restes seront rapatriés en Colombie le 27 mai 2026 pour des funérailles nationales.

Des chansons comme La Candela Viva ou El Pescador continueront de résonner comme témoignage d'un héritage irremplaçable. La reine de la cumbia est partie, mais ses tambours, eux, ne se tairont jamais.