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Mundo Latino

Ingrid Betancourt s’exprime pour la première fois face à ses ravisseurs

25 juin 2021 à 10h00 Par Jérome Pasanau
Ingrid Betancourt avait été libérée en 2008 lors d’une opération militaire, après six ans d’une éprouvante détention aux mains des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc).
Crédit photo : Flickr

La Franco-Colombienne, Ingrid Betancourt, otage des Farc pendant six ans dans la jungle colombienne, a été confrontée mercredi 23 juin; pour la première fois à d’anciens membres de la guérilla.

« Nous sommes là, nous qui portons nos blessures et nos morts avec la difficulté de nous regarder en face. Avec la douleur de nous écouter et avec la pudeur de nos émotions, mais avec la décision partagée de briser le cercle vicieux de la violence » a déclaré émue, Ingrid Betancourt, symbole international du fléau des enlèvements en Colombie devant la commission de la vérité, mise en place après les accords de paix en 2016. « J’ai entendu avec émotion les histoires de mes frères de douleur […] mais je dois vous avouer que je suis surprise que de ce côté de la scène nous pleurions tous et que de l’autre côté, il n’y ait pas eu une seule larme » a-t-elle déclaré.

« Tant que notre cauchemar n’appartient qu’à nous […] nous serons toujours éloignés, incapables d’expliquer à la Colombie ce qui s’est réellement passé » a ajouté l’ex-otage. « A ceux qui ne sont jamais revenus de leur enlèvement, à ceux qui ont perdu la vie entre nos mains, à leurs proches accablés pendant des années par leur absence […] nous demandons pardon pour la terrible souffrance que nous avons causée. Nous parlons avec un sentiment de honte » a répondu Rodrigo Londoño, dernier commandant de la guérilla.

Ingrid Betancourt, 59 ans, qui ne vit plus en Colombie, avait été libérée en 2008 lors d’une opération militaire après six ans d’une éprouvante détention aux mains des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). L’accord de paix, signé en 2016, qui a mis fin à plus de cinq décennies de conflit armé entre les Farc et le gouvernement, a prévu la mise en place d’une juridiction spéciale pour la paix (JEP) et une Commission de la vérité, entité non judiciaire.

Huit hauts commandants des ex-Farc, dont Rodrigo Londoño, ont été inculpés en janvier de crimes contre l’humanité pour les enlèvements de 21 396 personnes entre 1990 et 2016. Les ex-rebelles qui admettent leur responsabilité devant la JEP peuvent bénéficier d’une peine alternative à la prison, sinon ils seront jugés par un tribunal pénal et risquent jusqu’à vingt ans de prison.