Après son raid sanglant jeudi, la police de Rio sommée de s’expliquer (vidéo)

11 mai 2021 à 7h00 par Jérome Pasanau

28 personnes ont été tuées dans une favela de Rio de Janeiro, jeudi 6 mai, pendant une opération anti-drogue. La police doit maintenant rendre des comptes.

LATINA
Une opération anti-drogue s'est soldée par la mort de 28 personnes.
Crédit: Flickr

La police de Rio de Janeiro va devoir s’expliquer. Jeudi 6 mai, elle est intervenue dans une favela de la ville, dans le cadre d’une opération antidrogue. Une opération qui s’est soldée par la mort de 28 personnes.

L’ONU a demandé l’ouverture d’une enquête indépendante. Ce week-end, des centaines de manifestants ont défilé dans les rues de la favela de Jacarezinho, dans le nord de Rio, où justement a été menée cette opération de police meurtrière. Une manifestation aux cris de « Arrêtez de nous tuer » pour demander justice après la mort de 28 personnes.

L’opération a été effectuée contre des trafiquants de drogue accusés de recruter des enfants et adolescents à Jacarezinho, considéré comme une base du « Comando Vermelho » - le « Commando rouge » - le plus important gang de trafic de drogue de Rio de Janeiro.

Le raid a transformé à l’aube cette favela en zone de guerre. Certains habitants ont raconté avoir vu des cadavres gisant au milieu de mares de sang dans les ruelles. La police a assuré avoir suivi les procédures, avant d’ouvrir le feu, et avoir saisi d’importantes quantités de drogue et d’armes à feu.

Parmi les morts figure un policier victime d’un tir en pleine tête et dont les funérailles vendredi après-midi ont donné lieu à un hommage ému de la part de ses collègues. Les 27 autres morts sont des « suspects », a assuré la police, qui va devoir le prouver et expliquer pourquoi ces personnes n’ont pas été arrêtées.

Durant la pandémie de coronavirus qui sévit toujours à Rio, les raids de la police ont été suspendus par la Cour suprême. Le juge Edson Fachin, de la même Cour suprême, a ordonné vendredi au parquet fédéral et à celui de Rio d’enquêter sur deux vidéos postées sur les réseaux sociaux dont l’une « montre une action qui, en théorie, pourrait représenter une exécution extra-judiciaire ».

Le Haut Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme s’est dit vendredi à Genève lui aussi « profondément préoccupé » et a demandé à la justice brésilienne de mener une « enquête indépendante et impartiale ». « Nous avons reçu des rapports inquiétants selon lesquels (…) la police n’a pas pris de mesures pour préserver les preuves sur la scène du crime, ce qui pourrait entraver les enquêtes », a déclaré un porte-parole du Haut Commissariat, Rupert Colville.

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