Le reggaeton bientôt illégal ?

Publié : 13h44 par Ludovic Vilain

Crédit image: CC by Wikimedia Commons

Il y a un beat que vous connaissez sans le savoir. Une pulsation qui fait bouger les hanches depuis trente ans, ce rythme qui porte Bad Bunny, Karol G, ou Daddy Yankee au sommet des charts. On l'appelle le "dem bow". Et aujourd'hui, il se retrouve au cœur du procès le plus explosif de l'histoire du reggaeton.

Il y a un beat que vous connaissez tous sans forcément le savoir. Ce "boom-ch-boom-chick" obsédant, cette pulsation qui fait bouger les hanches depuis trente ans, ce rythme qui porte Bad Bunny, Karol G, Daddy Yankee ou encore Maluma au sommet des charts mondiaux. On l'appelle le "dem bow". Et aujourd'hui, ce beat iconique se retrouve au cœur du procès le plus explosif de l'histoire du reggaeton.

Tout part d'une chanson de 1989

L'histoire commence en Jamaïque, avec deux producteurs de légende : Cleveland "Clevie" Browne et Wycliffe "Steely" Johnson, alias Steely & Clevie. En 1989, ils enregistrent Fish Market, un titre dont la rythmique va traverser les décennies et les frontières, migrant de la Jamaïque vers Panama, puis vers Porto Rico, pour devenir l'épine dorsale du reggaeton tel qu'on le connaît. Des chercheurs estiment que jusqu'à 80 % de toute la musique reggaeton peut être retracée jusqu'à ce seul beat.

En 2021, les héritiers de Steely & Clevie passent à l'offensive et déposent plainte. Depuis, le dossier n'a cessé de grossir. Aujourd'hui, plus de 150 artistes sont nommés dans la plainte, dont Bad Bunny, Karol G, Daddy Yankee, J Balvin, Pitbull, Luis Fonsi et même Justin Bieber pour son featuring sur Despacito. Les avocats des plaignants réclament des compensations financières pour pas moins de 1 800 chansons.

Un monopole sur un genre entier ?

Ce qui rend ce procès aussi vertigineux, c'est l'enjeu culturel qu'il soulève. Les avocats de la défense ont tenté de faire annuler la plainte, arguant qu'il s'agissait d'une tentative de monopoliser un genre tout entier. Bad Bunny, lui, a fait valoir que le dem bow est un "bloc de construction fondamental de la musique", impossible à protéger par le droit d'auteur. Le juge lui, a estimé qu'il était trop tôt pour trancher et a laissé le dossier suivre son cours.

Des experts d'universités prestigieuses comme Duke avertissent qu'une décision favorable aux plaignants accorderait un dangereux monopole sur un genre entier. Ce serait un peu comme si quelqu'un réclamait des droits sur le riff de blues à douze mesures, ou sur le quatre-temps du disco.

Le timing ne pouvait pas être plus ironique

Pendant que ce procès se poursuit, Bad Bunny vient tout juste de remporter le Grammy de l'album de l'année pour Debí Tirar Más Fotos, devenant le premier artiste à recevoir ce prix pour un album entièrement en espagnol. Et il triomphe aussi avec sa tournée, ce qui soulève évidemment une question cruciale. Le roi du reggaeton au sommet pendant que la justice américaine s'interroge sur les fondements mêmes du genre qui l'a propulsé. Drôle de coïncidence non ?