Venise : un spritz en musique à 72 euros !

Publié : 13h40 par Ludovic VILAIN

Crédit image: CC0 / Image d'illustration

À Venise, une touriste italienne a découvert une addition de 72 euros pour deux spritz, un toast et un croissant au Florian. En bas du ticket, une ligne inattendue : 7 euros de supplément pour la musique jouée en terrasse.

La commande n'avait rien d'extravagant : deux Aperol Spritz, un toast et un croissant garni. Le décor, lui, l'était davantage. Un mardi de septembre, une professionnelle originaire de Lucques, en Toscane, s'installe avec un accompagnateur sur la terrasse du Caffè Florian, face à la basilique Saint-Marc. Au moment de payer, l'addition atteint 72 euros. La cliente partage la photo de son ticket sur les réseaux sociaux, puis raconte l'épisode au Corriere Fiorentino. Le reçu fait rapidement le tour du web italien.

Le détail de l'addition

Le toast classique est facturé 15 euros, le croissant salé tomate-mozzarella 16 euros. Chaque spritz coûte 17 euros, soit 34 euros pour les deux. Total des consommations : 65 euros. Les 7 euros restants correspondent au « supplemento musica », payé pour le petit ensemble de trois musiciens qui jouait devant les tables. La touriste assure ne pas être scandalisée par les prix, qu'elle savait élevés. C'est surtout cette ligne qui l'a fait rire, confie-t-elle, en ajoutant que les voyageurs japonais assis autour d'elle semblaient bien plus perplexes.

Un supplément annoncé et légal

Contrairement à ce que laisse croire l'emballement en ligne, rien n'était caché. Un dépliant posé sur la table mentionnait cette majoration, et les tarifs figuraient sur la carte consultable avant de commander. Le même menu affiche d'ailleurs un petit-déjeuner à 60 euros et une bouteille d'eau à 11 euros. En Italie, la pratique est légale, à condition d'être clairement annoncée à l'avance. 

Trois siècles d'histoire et un orchestre

Pour comprendre ce supplément, il faut remonter le temps. Le Caffè Florian ouvre ses portes en 1720 sous les arcades de la place Saint-Marc. Goldoni, Casanova, Lord Byron ou Charles Dickens ont fréquenté ses salons. Au début du XXe siècle, le café adopte la tradition européenne du café-concert avec un orchestre permanent. D'avril à octobre, ses musiciens enchaînent romances, airs d'opéra, classique et succès plus récents, un concert en plein air audible depuis une bonne partie de la place.

Les internautes divisés

Sur les réseaux sociaux, deux camps s'affrontent. Les uns dénoncent des tarifs déconnectés et le symbole d'une ville devenue inaccessible. Les autres rappellent qu'une table face à la basilique, dans l'un des plus anciens cafés d'Europe, n'a rien d'une terrasse ordinaire : au Florian, on paie aussi l'histoire. Certains soulignent un paradoxe, les 7 euros de musique faisant plus réagir que les 17 euros d'un seul spritz. D'autres prennent la défense des musiciens, dont le travail n'a pas vocation à être gratuit.