Ce petit pays d'Amérique latine serait le champion de l'autosuffisance alimentaire

Publié : 15h45 par Jean Le Nail

Crédit image: Guyana

Dans un monde où la sécurité alimentaire est de plus en plus fragile, le Guyana se distingue comme le seul pays au monde capable de subvenir entièrement aux besoins alimentaires de sa population sans dépendre des importations. Une performance exceptionnelle révélée par une étude internationale publiée en 2025.

Alors que de nombreuses nations peinent à nourrir leurs populations sans recourir au commerce mondial, une étude scientifique publiée en 2025 dans la revue Nature Food met en lumière une exception : le Guyana, petit pays d’Amérique du Sud d’environ 800 000 habitants, serait le seul parmi 186 pays étudiés à atteindre l’autosuffisance alimentaire sur l’ensemble des grands types d’aliments essentiels.

Les chercheurs ont analysé la capacité de chaque pays à produire localement les sept grandes catégories alimentaires nécessaires à une alimentation équilibrée : fruits, légumes, produits laitiers, poissons, viandes, protéines végétales et féculents. Résultat : seul le Guyana atteint l’autosuffisance complète pour ces sept groupes, devant des pays comme la Chine et le Vietnam qui en couvrent six.

Les ingrédients du succès

Ce succès n’est pas accidentel. Il repose en grande partie sur une politique agricole volontariste et des investissements publics massifs dans les infrastructures, les technologies agricoles et le soutien direct aux agriculteurs. Depuis 2020, le gouvernement a intensifié les aides fiscales, les subventions et les projets pour moderniser la production, encourageant à la fois l’agriculture traditionnelle et des filières plus diversifiées.

Historiquement centré sur des cultures comme le riz et la canne à sucre, le pays a élargi son portefeuille : élevage bovin et porcin, pisciculture, cultures de soja, maïs, haricots, manioc et patates douces sont désormais intégrés dans le système alimentaire national. Cette diversité permet de répondre localement à la majorité des besoins nutritionnels, ce qui est extrêmement rare dans un contexte mondial marqué par les crises climatiques et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement.

Une performance réelle… mais avec des limites

Si cette autosuffisance totale est impressionnante, elle doit être nuancée. L’étude mesure la capacité théorique de production alimentaire, c’est-à-dire si les aliments produits dans le pays étaient intégralement consommés par sa population sans échanges commerciaux. Cela ne prend pas forcément en compte les réalités du budget des ménages, l’accessibilité économique à la nourriture, ou encore les inégalités d’accès alimentaire qui peuvent exister sur le territoire.

De plus, même si le Guyana est autosuffisant dans un cadre théorique, il continue, comme beaucoup de pays, à importer certains produits transformés ou spécifiques, notamment des aliments qui ne sont pas produits localement en grandes quantités. Cela illustre que l’autosuffisance alimentaire ne garantit pas automatiquement une alimentation accessible à tous ni une distribution équitable au sein de la population.

Une leçon mondiale

Dans un contexte où les chaînes alimentaires mondiales sont fragilisées par les crises climatiques, les guerres et les perturbations économiques, l’expérience guyanaise montre qu’il est possible de rapprocher production et consommation nationales. Mais cet exemple pose aussi la question de l’accessibilité alimentaire réelle, bien au-delà des chiffres de production.

Alors que de nombreux pays réfléchissent à renforcer leur souveraineté alimentaire, le Guyana offre une piste de réflexion : et si garantir un accès régulier à une alimentation saine commençait par renforcer les filières locales ?