Au Mexique : moins de boulot, plus de playa

Publié : 14h21 par Ludovic VILAIN

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Le Mexique s'apprête à tourner une page de son histoire du travail. Longtemps champion toutes catégories des semaines à rallonge, le pays vient d'inscrire dans sa Constitution la réduction progressive de la semaine légale de travail, qui passera de 48 à 40 heures d'ici 2030.

Il faut dire que le Mexique partait de loin. Avec plus de 2 200 heures travaillées par an et par salarié, le pays figurait parmi les champions du temps de travail au sein de l'OCDE — un titre dont personne ne voulait vraiment. Concrètement, cela signifiait des semaines de six jours pour beaucoup de travailleurs, avec peu de temps pour la familia, les loisirs... ou la playa. La réforme publiée officiellement le 3 mars 2026, prévoit que la réduction effective débutera le 1er janvier 2027, à raison de deux heures de moins par an, jusqu'à atteindre les 40 heures en 2030. Et bonne nouvelle : la loi stipule expressément que cette réduction ne pourra entraîner aucune baisse de salaire ni de prestations sociales.

Une victoire portée par Claudia Sheinbaum

La Chambre des députés a approuvé cette réforme à l'unanimité, ce qui est assez rare pour être souligné. C'est la présidente Claudia Sheinbaum qui a porté ce projet, en inscrivant dès le début de son mandat l'amélioration de l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle comme une priorité. Le patronat, lui, a exprimé quelques réserves, craignant une hausse des coûts et une baisse de compétitivité. La réforme prévoit toutefois que les employeurs pourront augmenter le volume d'heures supplémentaires autorisées, ce qui a atténué les inquiétudes du secteur privé.

Une tendance qui souffle sur tout le continent

Le Mexique ne fait pas cavalier seul. En Amérique latine, l'Équateur et le Venezuela avaient déjà adopté la semaine de 40 heures, tandis que le Brésil travaille légalement 44 heures par semaine. Le Chili, sous l'impulsion de Gabriel Boric, a adopté une réforme similaire, réduisant progressivement sa semaine légale de 45 à 40 heures, une mesure qui sera pleinement appliquée d'ici avril 2028. La Colombie, de son côté, a engagé une réduction progressive de 48 à 42 heures hebdomadaires, sans impact sur les salaires. 

Et en Europe, on en est où ?

Pour replacer tout ça dans un contexte global : l'Espagne maintient une semaine légale de 40 heures, mais le gouvernement de Pedro Sánchez pousse pour aller encore plus loin avec un projet de loi visant à abaisser la durée légale à 37,5 heures — le texte n'a cependant pas encore été adopté par le Parlement. Quant à la France, elle reste fidèle à ses mythiques 35 heures, instaurées en 2000 — même si dans les faits, la moyenne hebdomadaire réelle dépasse légèrement ce seuil en raison des heures supplémentaires. Le Mexique a donc encore du chemin à parcourir avant d'atteindre ces standards européens, mais la direction est clairement tracée. Et pour les millions de travailleurs mexicains qui enchaînaient les journées sans fin, c'est déjà une immense bouffée d'air — et peut-être enfin le temps d'aller profiter de leurs magnifiques plages.